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Le SMED : réduire vos temps de changement de série

Rémi DoyenRémi Doyen
Publié le 15 janvier 2026
Infographie SMED : les 4 étapes du changement rapide de série

Qu'est-ce que le SMED ?

Le SMED — Single Minute Exchange of Die — est une méthode systématique visant à réduire les temps de changement de série à moins de 10 minutes (d'où l'expression « single minute », c'est-à-dire un nombre de minutes à un seul chiffre).

Dans une usine, le changement de série (ou changement de format, changement d'outillage) désigne l'ensemble des opérations réalisées entre la dernière pièce bonne de la série précédente et la première pièce bonne de la série suivante. Ce temps est improductif : la machine ne produit pas, mais elle mobilise des opérateurs, de l'énergie et de l'espace.

L'enjeu est considérable. Dans de nombreuses entreprises industrielles, les temps de changement de série représentent 10 à 30 % du temps d'ouverture machine. Réduire ces temps, c'est libérer de la capacité sans investir dans de nouveaux équipements, et c'est surtout gagner en flexibilité : avec des changements plus courts, il devient rentable de produire en petites séries, plus proches de la demande réelle.

Le SMED n'est pas une course à la vitesse. C'est une réorganisation méthodique du processus de changement, fondée sur l'analyse fine des opérations et la distinction entre ce qui nécessite l'arrêt de la machine et ce qui peut être préparé pendant qu'elle produit encore.

Origines : Shigeo Shingo et Toyota

Le SMED a été développé par Shigeo Shingo, ingénieur industriel japonais, entre 1950 et 1969. C'est l'un des piliers du Toyota Production System (TPS), au même titre que le juste-à-temps, le Jidoka et les 5S.

L'histoire fondatrice du SMED commence en 1950, lorsque Shingo observe le changement de matrice sur une presse de 800 tonnes à l'usine Toyo Kogyo (aujourd'hui Mazda). Le changement prend alors plusieurs heures. En analysant les opérations, Shingo réalise qu'une grande partie du travail effectué pendant l'arrêt de la presse pourrait être faite en amont, pendant que la machine produit encore.

Cette intuition — la séparation entre opérations internes et externes — deviendra le principe fondateur du SMED. Shingo perfectionnera la méthode pendant 19 ans, jusqu'à obtenir chez Toyota un changement de matrice de presse en moins de 10 minutes, contre 4 heures initialement.

En 1985, Shingo publie A Revolution in Manufacturing: The SMED System, qui popularise la méthode dans le monde entier. Aujourd'hui, le SMED est appliqué bien au-delà de l'emboutissage : injection plastique, usinage, conditionnement, imprimerie, chimie, agroalimentaire — partout où l'on change d'un produit à un autre.

Le génie de Shingo réside dans la simplicité du concept : il ne s'agit pas d'investir dans des machines plus rapides, mais de repenser l'organisation du travail autour du changement.

Les concepts clés : opérations internes vs externes

Toute la puissance du SMED repose sur une distinction fondamentale entre deux types d'opérations :

  • Opérations internes (IED — Internal Exchange of Die) : opérations qui ne peuvent être réalisées que lorsque la machine est à l'arrêt. Par exemple : démonter un moule, fixer un nouvel outillage, régler la course d'une presse.
  • Opérations externes (OED — Outer Exchange of Die) : opérations qui peuvent — et doivent — être réalisées pendant que la machine produit encore la série précédente. Par exemple : préparer le prochain moule, rassembler l'outillage nécessaire, préchauffer un outil, vérifier les matières premières.

Dans un changement de série non optimisé, la majorité des opérations sont réalisées machine arrêtée, sans distinction. L'opérateur arrête la machine, puis cherche ses outils, attend le pont roulant, nettoie la zone, va chercher la documentation de la prochaine série, etc. Le temps de changement est alors gonflé par des opérations qui auraient pu être anticipées.

Le SMED propose un cadre rigoureux pour identifier, séparer, convertir et réduire ces opérations. L'objectif n'est pas de faire travailler les opérateurs plus vite, mais de mieux organiser la séquence pour minimiser le temps d'arrêt machine.

On distingue également les notions de :

  • Temps de changement technique : durée incompressible liée à la physique du processus (serrage, positionnement, amorçage).
  • Temps de changement organisationnel : durée liée à la recherche, l'attente, les déplacements, la communication — souvent 40 à 70 % du temps total, et entièrement réductible.

Les 4 étapes du SMED

La méthode SMED se déploie en 4 étapes séquentielles, chacune apportant des gains significatifs. L'expérience montre qu'à chaque étape, le temps de changement est typiquement réduit de 25 à 50 %. La combinaison des 4 étapes permet des réductions de 50 à 90 % du temps initial.

Ces 4 étapes ne sont pas théoriques : elles suivent une logique terrain éprouvée sur des milliers de chantiers, dans tous les secteurs industriels. Le secret du succès réside dans la rigueur de l'observation initiale et l'implication des opérateurs qui vivent le changement au quotidien.

Étape 1 : Observer et filmer le changement actuel

La première étape est une analyse factuelle et détaillée du changement de série tel qu'il se pratique aujourd'hui. Pas de jugement, pas de solution : uniquement de l'observation.

Comment procéder :

  1. Filmer le changement complet — Depuis la dernière pièce bonne jusqu'à la première pièce bonne suivante. La vidéo est indispensable : elle capture des détails que l'observation directe manque, et elle constitue une base factuelle indiscutable.
  2. Chronométrer chaque opération élémentaire — Décomposer le changement en opérations de 15 à 60 secondes. Un changement de 45 minutes peut contenir 30 à 60 opérations élémentaires.
  3. Tracer un diagramme spaghetti — Suivre les déplacements de l'opérateur pendant le changement. Dans un changement non optimisé, il n'est pas rare d'observer 500 à 2 000 mètres de déplacements pour un seul changement.
  4. Identifier les attentes — Temps passé à attendre le pont roulant, un collègue, un outil, une validation, un préchauffage, le refroidissement d'un moule.
  5. Impliquer les opérateurs — Ils connaissent les irritants quotidiens. L'observation doit se faire avec eux, pas à leur insu.

À l'issue de cette étape, vous disposez d'un inventaire exhaustif et chronométré de toutes les opérations du changement. Cet inventaire est le matériau brut des étapes suivantes. Sans cette rigueur d'observation, le reste du chantier SMED repose sur des intuitions — et les intuitions sont souvent trompeuses.

Notre outil SMED en ligne vous aide à structurer cette analyse et à catégoriser automatiquement les opérations.

Étape 2 : Séparer les opérations internes et externes

Cette étape est le coeur conceptuel du SMED. Elle consiste à classer chaque opération élémentaire identifiée à l'étape 1 en deux catégories :

  • Interne (I) : l'opération nécessite impérativement que la machine soit arrêtée.
  • Externe (E) : l'opération pourrait être réalisée pendant que la machine produit encore.

Dans la pratique, cette classification se fait en équipe, en revisionnant la vidéo opération par opération. Pour chaque opération, on pose la question : « Cette opération nécessite-t-elle physiquement que la machine soit arrêtée ? »

Opérations typiquement identifiées comme externes (mais souvent faites machine arrêtée) :

  • Aller chercher l'outillage de la prochaine série
  • Préparer les matières premières et les consommables
  • Consulter la documentation technique (plans, gammes, paramètres)
  • Préchauffer un moule ou un outil
  • Vérifier les conditions de fonctionnement (pression, température, niveaux)
  • Ranger l'outillage de la série terminée
  • Nettoyer les outils après démontage

L'expérience montre que 30 à 50 % des opérations réalisées machine arrêtée sont en réalité des opérations externes. Le simple fait de les externaliser — sans aucune modification technique — réduit le temps de changement de 30 à 50 %.

Concrètement, cela se traduit par la mise en place d'une check-list de préparation que l'opérateur (ou un préparateur dédié) réalise 15 à 30 minutes avant l'arrêt de la machine. Quand la machine s'arrête, tout est prêt : l'outillage est en bord de ligne, les matières sont contrôlées, la documentation est affichée.

Étape 3 : Convertir les internes en externes

Après avoir externalisé tout ce qui pouvait l'être « naturellement », l'étape 3 va plus loin : elle cherche à transformer des opérations internes en opérations externes grâce à des modifications techniques ou organisationnelles.

C'est l'étape la plus créative du SMED. Elle demande de repenser les équipements, les outillages et les méthodes de travail.

Techniques classiques de conversion :

  • Préchauffage d'outillage — Au lieu de chauffer le moule dans la presse (opération interne), on le préchauffe sur un banc externe pendant que la machine produit encore. Gain typique : 15 à 45 minutes.
  • Préréglage hors machine — Les réglages dimensionnels sont effectués sur un banc de préréglage à l'aide de gabarits de référence, au lieu d'être faits par tâtonnement sur la machine.
  • Montage en temps masqué — Utilisation de sous-ensembles préassemblés. Par exemple : au lieu de monter 6 mors un par un, on prépare un plateau complet avec les 6 mors préréglés, et on échange le plateau entier.
  • Systèmes de bridage rapide — Remplacement des vis de fixation par des sauterelles, des quarts de tour, des systèmes hydrauliques ou magnétiques. Chaque vis de fixation éliminée est du temps gagné.
  • Standardisation des interfaces — Toutes les hauteurs d'entrée de moule sont identiques, tous les branchements (eau, air, électricité) sont normalisés, les connectiques sont rapides.

Cette étape nécessite souvent des investissements modestes (quelques centaines à quelques milliers d'euros par poste) mais génère des gains de temps considérables et pérennes. Le retour sur investissement est généralement inférieur à 3 mois.

Étape 4 : Réduire toutes les opérations

La dernière étape vise à réduire la durée de chaque opération restante, qu'elle soit interne ou externe. Même les opérations externes doivent être optimisées : elles mobilisent du temps opérateur et de l'espace de préparation.

Techniques de réduction des opérations internes :

  • Opérations parallèles — Deux opérateurs travaillent simultanément des deux côtés de la machine. Sur les grosses presses, cela peut diviser le temps par 2. Attention : cela nécessite une coordination et un protocole de sécurité formalisé.
  • Élimination des réglages par tâtonnement — Remplacement des réglages « au feeling » par des butées mécaniques, des cales calibrées, des repères gradués. Le premier essai doit être le bon.
  • Fixations fonctionnelles — Un serrage n'a besoin que d'un tour de vis, pas de 15. Utilisation de rainures en U au lieu de trous ronds (pas besoin d'enlever complètement le boulon). Standardisation des clés utilisées (une seule taille pour toutes les fixations).
  • Suppression des ajustements — Standardisation des hauteurs, des centrages, des interfaces. Utilisation de pions de centrage, de guides, de détrompeurs mécaniques (poka-yoke).

Techniques de réduction des opérations externes :

  • Chariots de changement préparés — Tous les outils, pièces et documents nécessaires au prochain changement sont rassemblés sur un chariot dédié, positionné en bord de machine avant l'arrêt.
  • Standardisation des procédures — Mode opératoire visuel affiché, avec photos séquentielles. L'opérateur suit un standard, pas sa mémoire.
  • 5S de la zone de changement — Chaque outil a sa place identifiée, les consommables sont en quantité calibrée, la zone est propre et dégagée.

Cette 4e étape est aussi l'occasion d'intégrer les principes du Lean et de l'élimination des gaspillages : chaque mouvement inutile, chaque attente, chaque retouche est un muda à supprimer.

SMED et 5S : un duo indissociable

Le SMED et les 5S sont profondément liés. Tenter un chantier SMED dans un environnement désordonné est une erreur fréquente — et une source d'échec prévisible.

Pourquoi les 5S sont un prérequis au SMED :

  • Seiri (Trier) — Un changement de série rapide exige que seuls les outils utiles soient présents au poste. Les outils obsolètes ou en excès ralentissent la recherche.
  • Seiton (Ranger) — Chaque outil, clé, cale, gabarit doit avoir une place définie et identifiée. Un opérateur qui cherche sa clé de 17 pendant 2 minutes à chaque changement perd 30 minutes par jour sur 15 changements.
  • Seiso (Nettoyer) — Une zone de changement propre évite les contaminations, les glissements d'outils, les erreurs de montage. La propreté est aussi une condition de sécurité lors des interventions rapides.
  • Seiketsu (Standardiser) — Le standard de rangement du poste intègre la disposition des outils de changement. Le chariot de changement est un « standard 5S mobile ».
  • Shitsuke (Pérenniser) — Les rituels 5S maintiennent l'ordre qui rend le SMED possible jour après jour.

Dans la pratique, nous recommandons systématiquement de réaliser un chantier 5S sur la zone de changement avant ou en parallèle du chantier SMED. Les résultats sont immédiatement visibles et motivants pour les équipes.

Inversement, le SMED donne du sens aux 5S : quand les opérateurs comprennent que le rangement leur fait gagner 10 minutes par changement, l'adhésion aux standards 5S est naturelle. C'est un cercle vertueux.

Les gains typiques d'un chantier SMED

⏱️
-50 à 70 %
Temps de changement
Dès le premier chantier
📦
÷2 à ÷5
Taille de lots
Flexibilité accrue
🏭
+10 à 20 pts
TRS machine
Disponibilité améliorée
📊
-30 à 50 %
Stocks encours
Moins de capital immobilisé
🎯
Réduit
Délai client
Réponse plus rapide
💰
< 6 mois
ROI
Retour sur investissement rapide

Les résultats d'un chantier SMED bien conduit sont parmi les plus spectaculaires du Lean Manufacturing. Voici les ordres de grandeur observés sur nos interventions terrain :

Gains directs sur le temps de changement :

  • Étape 1 + 2 (séparer internes/externes) — Réduction de 30 à 50 % du temps, sans aucun investissement technique. Uniquement de l'organisation.
  • Étape 3 (convertir) — Réduction supplémentaire de 20 à 30 %, avec des investissements modestes (bridages rapides, bancs de préréglage).
  • Étape 4 (réduire) — Réduction supplémentaire de 10 à 20 %, par optimisation fine des gestes et des déplacements.
  • Total cumulé — Réduction de 50 à 90 % du temps de changement initial.

Gains indirects sur la performance globale :

  • Augmentation du TRS de 5 à 15 points — Le temps libéré par la réduction des changements se transforme en temps de production. Sur une machine à 65 % de TRS, passer à 75-80 % est courant après un SMED. Mesurez votre TRS actuel avec notre calculateur TRS en ligne.
  • Réduction des tailles de lot de 50 à 80 % — Avec des changements rapides, il devient économiquement viable de produire en petites séries. Cela réduit les stocks d'en-cours et le lead time client.
  • Amélioration de la qualité — Les réglages standardisés et les préréglages hors machine éliminent les pièces de réglage (rebuts des premiers essais). Gain typique : 2 à 5 % de taux de rebut en moins.
  • Réduction du stress opérateur — Un changement organisé, avec une check-list et des outils prêts, est beaucoup moins stressant qu'un changement improvisé dans l'urgence.
  • Flexibilité commerciale — La capacité à changer souvent de série permet de répondre rapidement aux commandes urgentes, aux petites séries et aux personnalisations.

Chiffre clé : sur un parc de 10 machines avec 5 changements/jour de 45 minutes ramenés à 10 minutes, le gain annuel est de 1 460 heures de production (soit l'équivalent de 7 mois de production d'une machine supplémentaire).

Erreurs courantes lors d'un chantier SMED

Après des dizaines de chantiers SMED accompagnés dans des secteurs variés, voici les erreurs les plus fréquentes — et comment les éviter :

  1. Sauter l'étape d'observation — Beaucoup d'équipes veulent aller directement aux solutions. Sans une analyse factuelle et chronométrée du changement actuel, les solutions sont approximatives. Filmez toujours avant d'agir.
  2. Confondre vitesse et méthode — Le SMED ne consiste pas à demander aux opérateurs de travailler plus vite. Il consiste à éliminer les opérations inutiles et à réorganiser la séquence. Un opérateur qui court est un signal de mauvaise organisation, pas de performance.
  3. Négliger la standardisation post-chantier — Un chantier SMED qui ne débouche pas sur un mode opératoire standardisé et affiché est un chantier éphémère. Les gains s'érodent en 3 à 6 mois sans standard écrit et audité.
  4. Travailler sans les opérateurs — Le SMED est un chantier participatif. Les opérateurs connaissent les irritants, les astuces et les contraintes mieux que quiconque. Un chantier mené par des ingénieurs méthodes seuls, sans impliquer le terrain, produit des solutions inapplicables.
  5. Se focaliser uniquement sur le temps — Un changement rapide mais qui génère des rebuts au redémarrage n'est pas un bon SMED. La qualité au premier coup (first pass yield) doit être un objectif au même titre que le temps de changement.
  6. Oublier les changements « faciles » — Les équipes se focalisent souvent sur le changement le plus long ou le plus complexe. Or, les changements courts mais fréquents (nettoyage inter-lots, changement de consommable) représentent souvent un gisement de gains plus accessible.
  7. Ne pas mesurer l'avant et l'après — Sans indicateurs clairs (temps moyen, écart-type, nombre de changements par jour), il est impossible de valoriser les gains et de maintenir la motivation des équipes.

Exemples de résultats terrain

🏭
Injection plastiqueTemps de changement de 52 à 12 minutes
-77 %
🔧
Usinage mécaniqueTemps de changement de 38 à 9 minutes
-76 %
🥛
AgroalimentaireTemps de changement de 75 à 22 minutes
-71 %
🏭

Injection plastique

PME de 80 personnes

Situation initiale : 12 presses à injecter, 6 à 8 changements de moule par jour, temps moyen de changement : 52 minutes. Les opérateurs travaillaient seuls, sans procédure standardisée. Chaque changement impliquait de chercher les outils, d'attendre le pont roulant et de régler la presse par tâtonnement.

Actions menées :

  • Externalisation de la préparation (moules, outillage, matières) : -18 minutes
  • Installation de bancs de préchauffage moules : -12 minutes
  • Standardisation des branchements eau et air (raccords rapides) : -6 minutes
  • Gabarits de réglage épaisseur pour éliminer le tâtonnement : -8 minutes

Résultat : temps de changement moyen passé de 52 à 12 minutes (réduction de 77 %). TRS amélioré de 8 points. Possibilité de produire des séries de 500 pièces au lieu de 2 000 minimum.

🚗

Usinage mécanique

Équipementier automobile

Situation initiale : centre d'usinage 5 axes, changement de programme et d'outillage : 38 minutes en moyenne, avec un écart-type de 15 minutes (forte variabilité selon l'opérateur). 4 changements par jour par machine, parc de 6 machines.

Actions menées :

  • Création de kits de changement préparés en magasin : -10 minutes
  • Standardisation de la hauteur de jauge de tous les outils coupants (préréglage hors machine) : -8 minutes
  • Procédure de changement standardisée et affichée (10 étapes visuelles) : -7 minutes
  • Travail en binôme lors du changement sur les opérations critiques : -5 minutes

Résultat : temps moyen passé de 38 à 9 minutes (réduction de 76 %), écart-type réduit à 2 minutes. Gain annuel : 580 heures de production récupérées sur le parc de 6 machines.

🥗

Conditionnement agroalimentaire

Changement de format

Situation initiale : ligne de conditionnement yaourt, changement de format (taille de pot, décor, couvercle) : 1 h 15 en moyenne. 3 changements par jour. La ligne mobilisait 4 opérateurs pendant toute la durée du changement.

Actions menées :

  • Externalisation de la préparation des consommables et des pièces de format : -15 minutes
  • Systèmes de changement rapide sur les postes de thermoformage et de soudure (fixations quart de tour) : -18 minutes
  • Parallélisation des opérations sur les 4 postes de la ligne (4 opérateurs en simultané au lieu de séquentiel) : -12 minutes
  • Élimination du réglage par tâtonnement de la température de soudure (recettes mémorisées dans l'automate) : -10 minutes

Résultat : temps moyen passé de 75 à 22 minutes (réduction de 71 %). Gain de productivité : +12 % de temps de production par jour. Le temps de retour sur investissement (bridages rapides, automatisation des recettes) : 4 mois.

SMED au-delà de l'industrie

Si le SMED a été conçu pour les changements d'outillage en usine, ses principes s'appliquent à toute situation où un processus est interrompu pour passer d'une configuration à une autre. Voici des applications hors industrie manufacturière :

Logistique et transport :

  • Changement de tournée de livraison — Le chargement du camion peut être préparé en temps masqué (opération externe) pendant la tournée précédente. Les documents de livraison, les étiquettes et le plan de tournée sont prêts à l'arrivée du chauffeur.
  • Cross-docking — Le temps de basculement entre la réception et l'expédition est réduit en préparant les zones de tri, les conteneurs de sortie et la documentation en amont.

Restauration et cuisine professionnelle :

  • Mise en place (« mise en place » est littéralement le Seiton du SMED culinaire) — Les grands chefs pratiquent naturellement le SMED : tous les ingrédients sont préparés, dosés et disposés avant le coup de feu. Chaque changement de plat est une « série » qui ne doit prendre que quelques secondes.
  • Nettoyage inter-service — En cuisine, le nettoyage entre deux services est un changement de série. L'application des principes SMED (préparation, parallélisation, standardisation) réduit le temps de retournement.

Informatique et développement logiciel :

  • Déploiement d'application (CI/CD) — Le passage de l'environnement de test à la production est un changement de série. Les pipelines d'intégration continue automatisent les opérations « externes » (tests, build, packaging) pendant que la version précédente est encore en production.
  • Changement de contexte développeur — Passer d'un projet à un autre implique de charger un nouvel environnement de développement, de relire la documentation et de comprendre le contexte. Les outils de containerisation (Docker) et les environnements préparés réduisent ce temps de « changement de série intellectuel ».

Santé :

  • Bloc opératoire — Le temps entre deux interventions chirurgicales est un temps de changement de série. L'application des principes SMED (préparation du matériel, du dossier patient, de la configuration de la salle en temps masqué) peut réduire significativement le temps inter-opératoire et augmenter le nombre de patients pris en charge.

L'universalité du SMED confirme que son essence n'est pas technique mais organisationnelle : séparer la préparation de l'exécution, anticiper, standardiser et réduire.

Questions fréquentes

Retrouvez les réponses aux questions les plus posées sur la méthode SMED.

Quelle est la durée typique d'un chantier SMED ?

Un chantier SMED sur un poste ou une machine se déroule sur 3 à 5 jours : 1 jour d'observation et de filmage, 1 à 2 jours d'analyse et de conception des solutions, 1 à 2 jours de mise en œuvre et de validation. Les gains sont mesurables dès la première semaine. La pérennisation et le déploiement aux autres postes prennent ensuite 2 à 3 mois.

Faut-il investir dans de l'équipement pour faire du SMED ?

Les étapes 1 et 2 (observer et séparer internes/externes) ne nécessitent aucun investissement matériel et génèrent déjà 30 à 50 % de gain. Les étapes 3 et 4 peuvent nécessiter des investissements modestes (bridages rapides, bancs de préréglage, raccords rapides) typiquement de 500 à 5 000 € par poste, avec un retour sur investissement de 1 à 6 mois.

Le SMED s'applique-t-il aux petites entreprises ?

Absolument. Le SMED est même particulièrement pertinent pour les PME qui ont besoin de flexibilité pour répondre à des demandes variées avec un parc machine limité. Plus l'entreprise est petite, plus chaque minute de production compte. Les principes du SMED sont les mêmes, seule l'échelle change.

Peut-on atteindre un changement de série en moins de 1 minute ?

C'est ce qu'on appelle le « One Touch Exchange of Die » (OTED). C'est possible sur certains équipements, grâce à une automatisation poussée des bridages et des réglages. En pratique, l'objectif de 10 minutes (SMED) est déjà très ambitieux et suffisant pour la plupart des situations industrielles. Viser l'OTED n'est pertinent que sur des machines à très forte cadence avec de nombreux changements par jour.

Comment convaincre les opérateurs de participer au chantier SMED ?

Les opérateurs sont généralement les premiers motivés par le SMED, car ce sont eux qui subissent les changements de série longs et désorganisés. La clé est de les impliquer dès l'étape d'observation : quand ils voient sur la vidéo les minutes perdues en recherche d'outils et en déplacements inutiles, les solutions émergent naturellement. Le SMED améliore leur quotidien, pas seulement la productivité.

Quelle est la différence entre SMED et changement rapide d'outil ?

Le SMED est une méthode structurée en 4 étapes, formalisée par Shigeo Shingo. Le « changement rapide d'outil » est un terme générique qui peut désigner tout effort de réduction du temps de changement, avec ou sans méthode. Le SMED apporte un cadre rigoureux et reproductible qui garantit des résultats durables, là où des approches empiriques ne traitent souvent que les symptômes.

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Rémi Doyen

Rémi Doyen

Consultant Lean & Excellence Opérationnelle

Expert en Lean Manufacturing et excellence opérationnelle, Rémi accompagne les PME et ETI industrielles dans leur transformation depuis plus de 15 ans.

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