Qu'est-ce que le TRS ?
Le TRS (Taux de Rendement Synthétique), connu internationalement sous le nom d'OEE (Overall Equipment Effectiveness), est un indicateur de performance industrielle qui mesure le rendement global d'un équipement de production. Il répond à une question simple mais fondamentale : sur le temps où mon équipement aurait pu produire, quelle proportion a réellement été utilisée pour fabriquer des pièces bonnes ?
Le TRS combine en un seul chiffre trois dimensions de la performance :
- La disponibilité : l'équipement fonctionne-t-il quand il le devrait ?
- La performance : produit-il à la cadence prévue ?
- La qualité : les pièces produites sont-elles conformes ?
Exprimé en pourcentage, le TRS varie de 0 % (aucune production utile) à 100 % (production parfaite sans aucune perte). Dans la réalité industrielle, un TRS de 85 % est considéré comme un niveau « world class », et la majorité des sites industriels se situent entre 40 % et 70 %.
Introduit par Seiichi Nakajima dans les années 1970 dans le cadre du développement de la TPM (Total Productive Maintenance) au Japan Institute of Plant Maintenance (JIPM), le TRS est aujourd'hui l'indicateur de référence dans tous les secteurs industriels, de l'automobile à l'agroalimentaire, en passant par la pharmacie et l'aéronautique.
Pourquoi le TRS est l'indicateur roi en industrie
Dans un environnement industriel, les indicateurs ne manquent pas : taux de rebut, rendement matière, cadence instantanée, MTBF, MTTR... Alors pourquoi le TRS occupe-t-il une place à part ? Parce qu'il est le seul indicateur qui capture l'ensemble des pertes d'un équipement en un chiffre unique et synthétique.
Les avantages du TRS par rapport aux indicateurs classiques :
- Vision globale : un taux de rebut de 1 % semble excellent, mais si l'équipement est arrêté 30 % du temps et tourne à 80 % de sa cadence nominale, la réalité est tout autre. Le TRS intègre ces trois dimensions.
- Langage commun : production, maintenance, qualité et direction parlent le même langage. Le TRS décloisonne les discussions et aligne les priorités.
- Outil de diagnostic : en décomposant le TRS en ses trois composantes (D, P, Q), on identifie immédiatement la nature des pertes dominantes et on priorise les actions.
- Benchmark fiable : le TRS permet de comparer des équipements, des lignes ou des sites entre eux, même s'ils fabriquent des produits différents.
- Levier d'amélioration continue : le suivi du TRS dans le temps révèle les dérives et mesure l'impact des actions correctives.
Concrètement, un point de TRS gagné se traduit directement en capacité de production supplémentaire sans investissement. Sur une ligne qui tourne en 3×8 avec un coût machine de 150 euros/heure, passer de 60 % à 70 % de TRS représente un gain annuel de plus de 130 000 euros. C'est la raison pour laquelle le TRS est au coeur de toutes les démarches de déploiement Lean.
Le calcul du TRS détaillé
Le calcul du TRS repose sur la décomposition du temps en cascades successives, depuis le temps total disponible jusqu'au temps effectivement utile. Chaque étape isole un type de perte spécifique.
Avant de détailler chaque taux, posons le cadre temporel défini par la norme NF E60-182 :
- Temps total : 24h/24, 365 jours/an (temps calendaire)
- Temps d'ouverture : temps total moins les fermetures planifiées (week-ends, jours fériés, congés)
- Temps requis : temps d'ouverture moins les arrêts planifiés (maintenance préventive programmée, pauses, réunions, nettoyage planifié). C'est la base de calcul du TRS.
- Temps de fonctionnement : temps requis moins les arrêts non planifiés (pannes, changements de série, manque de matière)
- Temps net : temps de fonctionnement moins les pertes de cadence (micro-arrêts, ralentissements)
- Temps utile : temps net moins les pertes qualité (rebuts, retouches)
Le TRS est donc le rapport : Temps utile / Temps requis. Voyons maintenant le calcul de chacune des trois composantes.
Taux de disponibilité
Le taux de disponibilité (D) mesure la proportion du temps requis pendant lequel l'équipement fonctionne réellement. Il capture toutes les pertes liées aux arrêts.
Formule :
D = Temps de fonctionnement / Temps requis
Soit : D = (Temps requis - Temps d'arrêt) / Temps requis
Les causes d'arrêt typiques sont :
- Pannes : arrêts non planifiés dus à une défaillance de l'équipement
- Changements de série (setup) : temps de réglage entre deux productions différentes
- Manque d'approvisionnement : attente de matière première, de pièces ou d'outillage
- Démarrages et arrêts : temps de mise en route et d'arrêt de l'équipement
Taux de performance
Le taux de performance (P) mesure la vitesse réelle de production par rapport à la cadence théorique nominale. Il capture les pertes de cadence, souvent plus insidieuses que les arrêts car moins visibles.
Formule :
P = (Nombre de pièces produites × Temps de cycle théorique) / Temps de fonctionnement
Ou de manière équivalente :
P = Cadence réelle / Cadence nominale
Les causes de perte de performance sont :
- Micro-arrêts : arrêts de quelques secondes à quelques minutes, souvent non enregistrés (bourrages, capteurs, désamorçages)
- Ralentissements : l'équipement tourne en dessous de sa cadence nominale (usure d'outillage, paramètres dégradés, marche dégradée volontaire)
- Sous-cadençage volontaire : réduction de cadence pour contourner un problème qualité ou un défaut récurrent
Attention : le temps de cycle théorique utilisé doit être la cadence nominale de l'équipement, pas un standard « confortable ». Utiliser un temps de cycle gonflé masque les pertes réelles et fausse l'indicateur.
Taux de qualité
Le taux de qualité (Q) mesure la proportion de pièces conformes parmi toutes les pièces produites. Il capture les pertes liées à la non-qualité.
Formule :
Q = Nombre de pièces bonnes / Nombre total de pièces produites
Soit : Q = (Pièces produites - Pièces non conformes) / Pièces produites
Les pertes qualité incluent :
- Rebuts : pièces irrécupérables mises au rebut
- Retouches : pièces nécessitant une reprise (même si elles finissent conformes, le temps de retouche est une perte)
- Pièces de démarrage : pièces produites lors de la montée en régime, souvent hors tolérance
- Déclassements : pièces vendues à un grade inférieur ou à prix réduit
Le taux de qualité est généralement le plus élevé des trois composants du TRS, souvent supérieur à 95 %. Cependant, même un taux de qualité de 98 % peut représenter des volumes de rebut considérables sur des productions de masse.
Formule complète : TRS = D × P × Q
Le TRS est le produit des trois taux. Cette multiplication est essentielle car elle montre l'effet cumulatif des pertes : trois taux individuellement corrects peuvent donner un TRS médiocre.
TRS = Disponibilité × Performance × Qualité
Reprenons notre exemple complet :
- Disponibilité (D) = 84,4 %
- Performance (P) = 86,4 %
- Qualité (Q) = 96,3 %
TRS = 0,844 × 0,864 × 0,963 = 0,702 soit 70,2 %
Trois taux qui semblent « acceptables » individuellement donnent un TRS de 70 %. Cela signifie que sur 8 heures de temps requis, seulement 5 heures 37 minutes ont effectivement produit des pièces bonnes. Près de 2h30 de capacité productive ont été perdues.
Le TRS peut aussi se calculer directement :
TRS = (Nombre de pièces bonnes × Temps de cycle théorique) / Temps requis
Vérification : TRS = (337 × 1 min) / 480 min = 70,2 %. Le résultat est identique.
Pour calculer instantanément le TRS de vos équipements, utilisez notre calculateur TRS en ligne.
TRS vs TRG vs TRE : les différences
Le TRS est souvent confondu avec deux indicateurs proches : le TRG (Taux de Rendement Global) et le TRE (Taux de Rendement Économique). La différence tient à la base de temps utilisée au dénominateur, définie par la norme NF E60-182.
Les trois indicateurs :
- TRS = Temps utile / Temps requis — Mesure la performance de l'équipement pendant le temps où il est censé produire. C'est l'indicateur opérationnel de référence pour la production et la maintenance.
- TRG = Temps utile / Temps d'ouverture — Inclut les arrêts planifiés (maintenance préventive, pauses, nettoyage). Le TRG est toujours inférieur ou égal au TRS. Il intéresse la direction industrielle pour évaluer l'utilisation globale de l'outil de production.
- TRE = Temps utile / Temps total (24h × 365j) — Mesure l'utilisation de l'investissement sur la totalité du temps calendaire. Le TRE intéresse la direction financière et stratégique : l'équipement est-il suffisamment exploité par rapport à l'investissement ?
Relation entre les trois :
TRE ≤ TRG ≤ TRS (toujours, par construction)
Exemple concret : une ligne qui tourne en 2×8 (16h/jour, 5j/semaine) avec un TRS de 75 % :
- Temps requis = 16h - 1h de pauses planifiées = 15h
- Temps d'ouverture = 16h
- Temps total = 24h
- TRS = 75 % (base : temps requis)
- TRG = 75 % × (15/16) = 70,3 % (base : temps d'ouverture)
- TRE = 75 % × (15/24) = 46,9 % (base : temps total)
Le TRE de 47 % montre que l'équipement n'est utilisé productivement que la moitié du temps calendaire. Cela peut justifier un passage en 3×8 si la demande le permet.
Interpréter son TRS : les benchmarks par secteur
Un TRS n'a de sens que s'il est comparé à une référence. Voici les benchmarks couramment admis et les niveaux typiques observés par secteur industriel.
Échelle d'interprétation générale :
- < 40 % : situation critique, pertes majeures non maîtrisées. Potentiel d'amélioration considérable.
- 40 % - 60 % : niveau fréquemment rencontré dans les sites n'ayant pas encore structuré leur démarche TRS. Des gains rapides sont possibles.
- 60 % - 75 % : niveau correct, les principales pertes sont identifiées. L'amélioration passe par un travail méthodique sur les causes racines.
- 75 % - 85 % : bon niveau, proche du « world class ». L'amélioration repose sur l'excellence opérationnelle et la TPM avancée.
- > 85 % : niveau « world class » (référence Nakajima). Atteint par les sites ayant une démarche TPM mature et un pilotage rigoureux.
Benchmarks par secteur :
- Automobile : 75 % - 85 % (exigence élevée des constructeurs, TPM mature)
- Agroalimentaire : 50 % - 70 % (contraintes de nettoyage, changements fréquents de recettes)
- Pharmacie / Cosmétique : 40 % - 65 % (contraintes réglementaires fortes, petites séries, nettoyages entre lots)
- Métallurgie / Usinage : 55 % - 75 % (dépend fortement de la taille des séries et de la complexité des pièces)
- Emballage / Conditionnement : 55 % - 75 % (lignes à haute cadence, sensibles aux micro-arrêts)
- Plasturgie : 65 % - 80 % (processus continu, changements de moule pénalisants)
Attention aux comparaisons : ces benchmarks sont des ordres de grandeur. Un TRS de 60 % dans une industrie pharmaceutique multi-produits peut refléter une meilleure maîtrise qu'un TRS de 80 % sur une ligne automobile mono-produit en continu. Le contexte (mix produit, taille de séries, cadence) est déterminant.
L'important n'est pas tant le niveau absolu que la dynamique d'amélioration : un site qui passe de 45 % à 65 % en un an a accompli un travail remarquable, quand bien même il n'a pas encore atteint le « world class ».
Les 6 grandes pertes et leur impact sur le TRS
Le TRS est indissociable du concept des 6 grandes pertes (ou « Six Big Losses ») identifiées par Nakajima dans le cadre de la TPM. Chaque perte impacte l'un des trois taux du TRS :
Pertes de disponibilité (arrêts) :
- Pannes — Arrêts non planifiés dus à une défaillance de l'équipement. Elles constituent souvent la perte la plus visible et la plus coûteuse. La maintenance préventive et la maintenance autonome visent à les réduire.
- Changements et réglages — Temps écoulé entre la dernière pièce bonne de la série précédente et la première pièce bonne de la série suivante. Le SMED est l'outil dédié à la réduction de ces temps.
Pertes de performance (ralentissements) :
- Micro-arrêts — Arrêts de courte durée (quelques secondes à 2-3 minutes) causés par des bourrages, des désalignements, des capteurs. Individuellement négligeables, ils peuvent représenter collectivement 10 à 15 % du temps de fonctionnement sur les lignes automatisées à haute cadence.
- Ralentissements — L'équipement fonctionne en dessous de sa cadence nominale : usure d'outillage, paramètres sous-optimaux, marche dégradée. Ces pertes sont souvent « acceptées » par les équipes et deviennent invisibles.
Pertes de qualité (défauts) :
- Rebuts et retouches en production — Pièces non conformes produites pendant le fonctionnement stabilisé. Elles pointent vers un problème de processus (paramètres, matière, outillage) qui nécessite une analyse de cause racine.
- Pertes au démarrage — Pièces non conformes produites lors de la montée en régime après un arrêt ou un changement de série. Plus les démarrages sont fréquents, plus cette perte pèse.
L'analyse systématique des 6 grandes pertes avec une classification Pareto est la première étape pour prioriser les actions d'amélioration. Sur la plupart des sites, 2 à 3 pertes représentent 80 % du TRS perdu.
Comment améliorer son TRS : plan d'action concret
Améliorer le TRS ne se décrète pas, cela se structure. Voici un plan d'action en 6 étapes éprouvé sur le terrain.
Étape 1 : Mesurer et fiabiliser les données
Avant d'améliorer, il faut mesurer correctement. Définissez précisément :
- Le temps requis (quels arrêts sont planifiés, lesquels ne le sont pas ?)
- Le temps de cycle théorique (cadence nominale machine, pas le standard de production habituel)
- La classification des arrêts (liste normalisée des causes d'arrêt)
Un premier mois de mesure permet d'établir une baseline fiable.
Étape 2 : Analyser les pertes (Pareto)
Classez les pertes par impact sur le TRS. Identifiez les 2-3 causes principales qui représentent 80 % du TRS perdu. Séparez les pertes de disponibilité, performance et qualité pour cibler la bonne composante.
Étape 3 : Attaquer les pannes
- Mettez en place la maintenance autonome de premier niveau (5S + nettoyage-inspection)
- Structurez la maintenance préventive sur les organes critiques (analyse AMDEC)
- Analysez les pannes récurrentes en cause racine (5 Pourquoi, Ishikawa)
Étape 4 : Réduire les temps de changement
- Appliquez la méthode SMED pour réduire les temps de changement de série
- Objectif : diviser par 2 le temps de changement en première itération
- Standardisez les procédures de réglage et formez les opérateurs
Étape 5 : Éliminer les micro-arrêts et ralentissements
- Identifiez les postes goulots et les capteurs récurrents
- Remettez en état les équipements dégradés (nettoyage, remplacement de pièces usées)
- Recalez les cadences nominales et challengez les sous-cadençages « historiques »
Étape 6 : Réduire la non-qualité
- Déployez des systèmes anti-erreur (poka-yoke) sur les défauts récurrents
- Maîtrisez les paramètres processus critiques (cartes de contrôle SPC)
- Optimisez les procédures de démarrage pour réduire les pièces de mise en route
Ce plan se déroule typiquement sur 6 à 12 mois pour un gain de 10 à 20 points de TRS. L'accompagnement par un consultant expérimenté accélère le processus et évite les faux départs. Découvrez notre offre de déploiement Lean et notre formation TRS/OEE.
TRS et TPM : le couple gagnant
Le TRS et la TPM (Total Productive Maintenance) sont indissociables : le TRS est l'indicateur de mesure, la TPM est la démarche d'amélioration. Sans TPM, le TRS reste un constat ; sans TRS, la TPM manque de boussole.
Les 8 piliers de la TPM et leur impact sur le TRS :
- Maintenance autonome : les opérateurs réalisent le nettoyage-inspection, la lubrification et les petits réglages. Impact direct sur la disponibilité (+5 à +10 points de TRS typiquement).
- Maintenance planifiée : plan de maintenance préventive basé sur l'analyse des pannes. Réduit les arrêts non planifiés de 30 à 50 %.
- Amélioration au cas par cas : chantiers focalisés sur les pertes majeures identifiées par le Pareto TRS. Gains ciblés et mesurables.
- Formation et entraînement : montée en compétences des opérateurs et des techniciens de maintenance. Impact sur les trois composantes du TRS.
- Maîtrise de la qualité : zéro défaut par la maîtrise des conditions de production. Impact direct sur le taux de qualité.
- Maîtrise de la conception : intégration de la maintenabilité dès la conception des équipements. Impact sur le TRS des futurs investissements.
- TPM dans les services support : extension aux fonctions logistique, approvisionnement, outillage. Réduit les arrêts liés aux manques.
- Sécurité et environnement : conditions de travail sûres et propres, prérequis à tout le reste.
Concrètement, un déploiement TPM structuré produit des résultats progressifs :
- Phase 1 (0-6 mois) : remise en état initial des équipements, maintenance autonome niveau 1. Gain typique : +5 à +8 points de TRS.
- Phase 2 (6-18 mois) : structuration de la maintenance préventive, chantiers d'amélioration ciblés. Gain cumulé : +10 à +15 points.
- Phase 3 (18-36 mois) : maintenance prédictive, optimisation continue. Gain cumulé : +15 à +25 points.
Pour approfondir les synergies entre TRS et TPM, notre formation VSM, SMED & TPM couvre l'intégralité de la démarche.
Mettre en place un suivi TRS (manuel vs automatisé)
La mise en place d'un suivi TRS est un projet en soi. Deux approches existent, chacune avec ses avantages et ses limites.
Suivi manuel (feuille de relevé / tableur)
- Principe : les opérateurs notent les arrêts (durée + cause), les quantités produites et les rebuts sur une feuille de relevé. Un responsable consolide les données dans un tableur.
- Avantages : coût quasi nul, mise en place rapide (1 à 2 semaines), implication directe des opérateurs dans la collecte.
- Limites : les micro-arrêts de moins de 2-3 minutes ne sont généralement pas enregistrés. Les erreurs de saisie sont fréquentes. Le temps de consolidation est conséquent. Le TRS est disponible avec un décalage de 1 à 2 jours.
- Recommandation : idéal pour démarrer et installer la culture TRS. Suffisant pour des lignes avec peu de micro-arrêts et des séries longues.
Suivi automatisé (MES / capteurs IoT)
- Principe : des capteurs sur les équipements (compteurs de cycles, détecteurs de marche/arrêt) alimentent un logiciel MES qui calcule le TRS en temps réel.
- Avantages : exhaustivité (les micro-arrêts sont captés), fiabilité des données, TRS disponible en temps réel, historique complet pour les analyses.
- Limites : investissement significatif (10 000 à 50 000 euros par ligne selon la complexité), nécessite une qualification des causes d'arrêt par les opérateurs, risque de « surveillance » perçue par les équipes.
- Recommandation : pertinent pour les lignes à haute cadence avec des micro-arrêts fréquents, ou lorsque le suivi manuel est mature et qu'on veut franchir un palier.
Notre recommandation : commencez toujours par un suivi manuel pendant 2 à 3 mois. Cela permet de :
- Former les équipes aux concepts du TRS et aux 6 grandes pertes
- Définir et valider la liste normalisée des causes d'arrêt
- Identifier les besoins réels en automatisation (quelles données manquent ?)
- Obtenir des premiers résultats qui justifient l'investissement dans un outil automatisé
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Exemples de résultats terrain
Cas 1 : Ligne d'embouteillage agroalimentaire
Contexte : ligne de conditionnement de boissons, cadence nominale de 12 000 bouteilles/heure, fonctionnement en 2×8. TRS initial mesuré à 48 %.
Diagnostic :
- Disponibilité : 72 % (pannes fréquentes sur la remplisseuse, changements de format de 90 minutes)
- Performance : 78 % (micro-arrêts massifs sur la souffleuse et l'étiqueteuse)
- Qualité : 85 % (pertes au démarrage élevées, fuites sur 8 % des bouteilles)
Actions menées sur 8 mois :
- Maintenance autonome sur la remplisseuse (nettoyage-inspection quotidien)
- Chantier SMED sur les changements de format : temps réduit de 90 à 35 minutes
- Analyse et traitement des 10 premiers micro-arrêts par fréquence
- Procédure de démarrage standardisée avec check-list de réglage
Résultat : TRS passé de 48 % à 71 % (+23 points). Gain de capacité équivalent à 4 heures de production supplémentaires par jour, soit un gain estimé à 280 000 euros/an.
Cas 2 : Atelier d'usinage mécanique
Contexte : 8 centres d'usinage CNC, production de pièces aéronautiques en petites séries (20 à 100 pièces). TRS moyen initial : 38 %.
Diagnostic :
- Disponibilité : 62 % (changements de série très longs : 2h30 en moyenne, attentes d'outillage et de programme)
- Performance : 75 % (temps de cycle non optimisés, prudence excessive sur les paramètres de coupe)
- Qualité : 82 % (taux de rebut élevé au premier article, cotes hors tolérance après changement d'outil)
Actions menées sur 12 mois :
- Chantier SMED : réduction du temps de changement de 2h30 à 55 minutes (préparation en temps masqué, standardisation des prises de pièces)
- Remise à niveau des programmes CN et optimisation des paramètres de coupe avec les fournisseurs d'outils
- Mise en place du contrôle en cours de production (jauge et palpeur sur machine)
- Organisation 5S de la zone outillage et du magasin de bruts
Résultat : TRS moyen passé de 38 % à 61 % (+23 points). Les 8 machines produisent désormais l'équivalent de ce que 10,5 machines produisaient avant, soit un investissement évité de plus de 500 000 euros en machines supplémentaires.
Cas 3 : Ligne de conditionnement pharmaceutique
Contexte : ligne de conditionnement de comprimés en blisters, environnement BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication), production en campagnes de 3 à 5 jours. TRS initial : 35 %.
Diagnostic :
- Disponibilité : 55 % (nettoyages inter-lots de 4 heures, pannes fréquentes sur l'encartonneuse)
- Performance : 82 % (micro-arrêts sur la blistéreuse, cadence réduite « par précaution »)
- Qualité : 78 % (pertes de démarrage importantes, rejets de blisters par le système de vision)
Actions menées sur 10 mois :
- Optimisation du nettoyage inter-lots : de 4h à 2h15 (analyse des exigences réelles vs habitudes, nettoyage en parallèle plutôt que séquentiel)
- Fiabilisation de l'encartonneuse (plan de maintenance préventive ciblé)
- Recalage de la cadence nominale de la blistéreuse après remise en état
- Réglage fin du système de vision pour réduire les faux rejets
Résultat : TRS passé de 35 % à 54 % (+19 points). Malgré un TRS qui reste « modeste » en absolu, le gain est considérable dans le contexte pharmaceutique contraint. Le site a pu absorber une augmentation de volume de 30 % sans investir dans une seconde ligne.
Questions fréquentes
Retrouvez ci-dessous les réponses aux questions les plus fréquemment posées sur le TRS.
Quelle est la différence entre TRS et OEE ?
TRS et OEE désignent le même indicateur. TRS (Taux de Rendement Synthétique) est le terme français défini par la norme NF E60-182, tandis qu'OEE (Overall Equipment Effectiveness) est le terme anglais utilisé internationalement. Le calcul est identique : Disponibilité × Performance × Qualité.
Quel est un bon TRS pour mon industrie ?
Il n'y a pas de valeur universelle. Le benchmark « world class » de 85 % (Nakajima) est un objectif ambitieux. En pratique, un TRS entre 60 % et 75 % est considéré comme correct dans la plupart des industries. L'important est la dynamique d'amélioration : visez un gain de 5 à 10 points de TRS par an. Pour l'agroalimentaire, 65-70 % est un bon objectif intermédiaire ; pour l'automobile, 80 % est un minimum attendu.
Faut-il calculer le TRS par machine ou par ligne ?
Les deux sont utiles mais répondent à des objectifs différents. Le TRS par machine permet de cibler les équipements problématiques. Le TRS par ligne (calculé sur le goulot d'étranglement) reflète la performance globale du flux. Commencez par le TRS machine sur les équipements critiques (goulots), puis élargissez à la ligne une fois la démarche mature.
Comment gérer les changements de série dans le calcul du TRS ?
Les changements de série sont comptabilisés comme des arrêts dans le calcul de la disponibilité. Ils font partie des pertes à réduire (via le SMED notamment). Seuls les arrêts planifiés hors production (maintenance préventive planifiée, pauses légales, nettoyage réglementaire) sont exclus du temps requis. Si vos changements de série sont « planifiés » dans l'ordonnancement, ils restent néanmoins des pertes pour le TRS.
Peut-on avoir un TRS supérieur à 100 % ?
Non, un TRS supérieur à 100 % révèle une erreur de calcul, le plus souvent un temps de cycle théorique surestimé (trop long). Si vos opérateurs produisent régulièrement « plus » que la cadence nominale, c'est que cette cadence n'est pas correctement définie. Recalez-la sur la vitesse maximale atteignable par l'équipement dans des conditions normales.
Combien de temps faut-il pour améliorer significativement son TRS ?
Comptez 2 à 3 mois pour la phase de mesure et diagnostic, puis 6 à 12 mois pour un plan d'amélioration structuré. Un gain de 10 à 20 points de TRS est réaliste sur 12 mois avec un accompagnement méthodique. Les premiers gains (5 à 8 points) apparaissent dès les 3 premiers mois grâce à la remise en état des équipements et à l'élimination des pertes évidentes.
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Rémi Doyen
Consultant Lean & Excellence Opérationnelle
Expert en Lean Manufacturing et excellence opérationnelle, Rémi accompagne les PME et ETI industrielles dans leur transformation depuis plus de 15 ans.
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