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La VSM (Value Stream Mapping) : cartographier vos flux pour les optimiser

Rémi DoyenRémi Doyen
Publié le 20 janvier 2026
Infographie VSM - Value Stream Mapping : cartographie des flux de valeur

Qu'est-ce que la VSM ?

La VSM (Value Stream Mapping), ou cartographie des flux de valeur, est un outil visuel du Lean Manufacturing qui permet de représenter l'ensemble des étapes nécessaires pour transformer une matière première en produit fini livré au client. Elle couvre à la fois les flux de matière (transformation physique du produit) et les flux d'information (ordres de fabrication, planification, commandes).

La VSM offre une photographie complète d'un processus, du fournisseur au client, en faisant apparaître :

  • Les étapes de transformation (opérations à valeur ajoutée)
  • Les stocks intermédiaires et les en-cours de fabrication
  • Les temps de cycle, temps de changement de série et temps d'attente à chaque étape
  • Les flux d'information qui pilotent la production
  • Le lead time total (temps de traversée du fournisseur au client) et le temps à valeur ajoutée

L'objectif de la VSM n'est pas simplement de dessiner le processus actuel : c'est de rendre visibles les gaspillages pour concevoir un état futur optimisé et définir un plan d'action concret pour y parvenir. La VSM est ainsi le point de départ de toute transformation Lean structurée.

Contrairement à un diagramme de flux classique (flowchart), la VSM intègre des données quantitatives à chaque étape : temps de cycle, TRS, taille de lot, nombre d'opérateurs, stocks en jours de couverture. Cette richesse d'information en fait un outil d'analyse incomparablement plus puissant.

Origines et principes fondamentaux

La VSM a été formalisée par Mike Rother et John Shook dans leur ouvrage de référence « Learning to See » (1999), publié par le Lean Enterprise Institute. Cet ouvrage a rendu accessible une pratique déjà utilisée chez Toyota sous le nom de « Material and Information Flow Mapping » (cartographie des flux de matière et d'information).

Chez Toyota, cette cartographie était un outil de management utilisé par les responsables de flux pour identifier les écarts entre l'état actuel et l'état cible, et pour piloter les actions d'amélioration. Rother et Shook ont codifié la méthode, ses symboles et sa démarche pour la rendre reproductible dans toute organisation.

Principes fondamentaux de la VSM :

  1. Voir le flux, pas les silos — La VSM traverse les frontières organisationnelles (départements, services). Elle suit le produit, pas l'organigramme. C'est souvent aux interfaces entre services que se concentrent les gaspillages les plus importants.
  2. Du client au fournisseur — On commence toujours par la demande client (takt time) et on remonte le flux jusqu'au fournisseur. Cette logique « tiré par le client » est au cœur du Lean.
  3. Aller sur le terrain (Gemba) — La VSM se construit crayon en main, sur le terrain, en observant et en chronométrant chaque étape. Jamais dans une salle de réunion à partir de données théoriques.
  4. Un outil d'action, pas de documentation — La VSM n'est pas une fin en soi. Elle n'a de valeur que si elle débouche sur un plan d'action concret et un état futur cible. Une VSM qui reste dans un tiroir est elle-même un gaspillage.
  5. Toute l'équipe participe — La VSM est un exercice collaboratif qui réunit production, logistique, qualité, maintenance et planification. Chacun apporte sa vision du flux et de ses dysfonctionnements.

Les symboles de la VSM

La VSM utilise un langage visuel standardisé qui permet à toute personne formée de lire et de comprendre une cartographie, quel que soit le secteur d'activité. Voici les principaux symboles, organisés par catégorie.

Symboles de flux matière

  • Process box (rectangle) : représente une étape de transformation. On y inscrit le nom du processus, le temps de cycle (C/T), le temps de changement (C/O), le TRS, le nombre d'opérateurs et la taille de lot.
  • Triangle de stock : représente un stock ou un en-cours entre deux process. On y note la quantité (en pièces ou en jours de couverture).
  • Flèche pleine : flux poussé — le processus amont pousse la production vers l'aval sans signal de consommation.
  • Flèche rayée (supermarché + flèche) : flux tiré — le processus aval tire la production via un système Kanban.
  • Camion : livraison fournisseur ou expédition client, avec la fréquence de livraison.
  • Supermarché : stock tampon contrôlé, dimensionné au juste nécessaire, alimenté en flux tiré.
  • FIFO (First In, First Out) : file d'attente ordonnée entre deux processus, avec une capacité maximale définie.

Symboles de flux d'information

  • Flèche fine droite : flux d'information manuel (document papier, fax, bon de livraison).
  • Flèche fine en zigzag : flux d'information électronique (ERP, MES, email, EDI).
  • Rectangle avec coins arrondis : processus de planification (MRP, PDP, ordonnancement).
  • Kanban de production : signal visuel déclenchant la production d'une référence.
  • Kanban de prélèvement : signal autorisant le prélèvement dans un supermarché.
  • Boîte de lissage (Heijunka box) : outil de séquencement des Kanbans pour lisser la production.

Symboles d'amélioration

  • Étoile Kaizen (starburst) : identifie une opportunité d'amélioration sur la cartographie de l'état actuel.
  • Ligne de temps : en bas de la VSM, elle représente les temps de VA (valeur ajoutée) et de NVA (non-valeur ajoutée) pour visualiser le ratio.

La maîtrise de ces symboles est indispensable pour réaliser et communiquer une VSM efficace. Notre formation Cartographie des flux inclut des exercices pratiques de construction de VSM avec l'ensemble de ces symboles.

Construire sa VSM : étape par étape

La construction d'une VSM suit une démarche rigoureuse en 5 étapes. Chaque étape est essentielle : brûler une étape compromet la qualité de l'analyse et l'efficacité du plan d'action. Comptez 3 à 5 jours pour un exercice complet (état actuel + analyse + état futur + plan d'action) sur un flux de complexité moyenne.

Étape 1 : Choisir la famille de produits

On ne cartographie pas une usine entière d'un seul coup. La première étape consiste à sélectionner une famille de produits qui partage un parcours de fabrication similaire (mêmes équipements, même séquence d'opérations).

Méthode de sélection :

  1. Matrice produit/process : listez vos références en lignes et vos équipements en colonnes. Cochez chaque case où la référence passe. Les références qui partagent le même parcours forment une famille.
  2. Analyse Pareto : identifiez les familles qui représentent 80 % du volume ou du chiffre d'affaires. Commencez par la famille la plus significative pour maximiser l'impact de la VSM.
  3. Choix stratégique : parfois, la famille prioritaire n'est pas celle avec le plus gros volume mais celle qui pose le plus de problèmes (délais, qualité, marge). Choisissez la famille où le potentiel d'amélioration est le plus visible.

Périmètre de la VSM :

Définissez clairement les bornes : où commence votre flux (réception matière ou fournisseur ?) et où se termine-t-il (expédition ou livraison client ?). Pour une première VSM, il est souvent préférable de se limiter aux opérations internes (« door to door ») avant d'étendre à la supply chain amont et aval.

Étape 2 : Cartographier l'état actuel

La cartographie de l'état actuel est le cœur de l'exercice VSM. Elle se réalise exclusivement sur le terrain, en suivant le flux physique du produit.

Démarche de cartographie :

  1. Commencez par le client : en haut à droite de la feuille, dessinez le client avec sa demande (quantité par jour ou par semaine, nombre de références, conditionnement, fréquence de livraison). Calculez le takt time (temps disponible / demande client).
  2. Dessinez les étapes de transformation : de droite à gauche (du client vers le fournisseur), placez chaque process box. Pour chaque étape, collectez les données sur le terrain :
    • Temps de cycle (C/T) : chronométrez plusieurs cycles et prenez la médiane
    • Temps de changement de série (C/O) : du dernier bon au premier bon
    • TRS (Taux de Rendement Synthétique)
    • Nombre d'opérateurs
    • Taille de lot de transfert
    • Taux de rebut
  3. Identifiez les stocks : entre chaque étape, comptez les en-cours (quantité physique). Convertissez en jours de couverture (stock / demande journalière).
  4. Ajoutez le fournisseur : en haut à gauche, avec la fréquence de livraison et le délai d'approvisionnement.
  5. Dessinez les flux d'information : en haut de la carte, représentez le circuit de l'information (commandes client → planification → ordres de fabrication → fournisseur). Identifiez les systèmes utilisés (ERP, MES, tableur, oral).
  6. Tracez la ligne de temps : en bas, cumulez les temps de VA (temps de cycle de chaque étape) et les temps de NVA (temps d'attente dans les stocks). Le ratio VA/lead time est le résultat le plus révélateur de la VSM.

Règle d'or : ne vous fiez qu'aux données observées sur le terrain, jamais aux données théoriques de l'ERP. L'écart entre les deux est souvent le premier enseignement de la VSM.

Étape 3 : Analyser les flux

Une fois l'état actuel dessiné, l'analyse commence. C'est l'étape où l'on passe de la description à la compréhension, en répondant à la question : pourquoi le flux est-il tel qu'il est ?

Indicateurs clés à analyser :

  • Lead time vs. takt time : le lead time total est-il cohérent avec les attentes du client ? Un lead time de 20 jours pour un client qui attend 5 jours signifie 15 jours de gaspillages à éliminer.
  • Ratio VA/NVA : quel pourcentage du lead time est réellement consacré à la transformation du produit ? Un ratio de 1 à 5 % est courant et révèle un potentiel immense.
  • Équilibrage des temps de cycle : comparez le temps de cycle de chaque étape au takt time. Les étapes dont le temps de cycle dépasse le takt time sont des goulets d'étranglement. Celles dont le temps de cycle est très inférieur au takt time génèrent de l'attente et de la surproduction.
  • Points d'accumulation de stock : où se concentrent les en-cours ? Ces points révèlent les problèmes du flux : déséquilibre de capacité, pannes fréquentes, changements de série longs, problèmes qualité.
  • Mode de pilotage : le flux est-il poussé (production sur prévision) ou tiré (production sur consommation réelle) ? Les flux poussés génèrent structurellement plus de stock et de surproduction.

Outils d'analyse complémentaires :

  • Diagramme d'équilibrage (Yamazumi) : représentation graphique des temps de cycle par rapport au takt time
  • Analyse des causes de stock : pour chaque triangle de stock, identifier la raison : lot de transfert, stock de sécurité, décorrélation entre processus, problème qualité, etc.
  • Identification des Kaizen bursts : marquer avec des étoiles Kaizen les opportunités d'amélioration identifiées

Étape 4 : Dessiner l'état futur

L'état futur est la vision cible du flux optimisé. Ce n'est pas un rêve théorique : c'est un état atteignable à horizon 6 à 12 mois, réaliste compte tenu des contraintes de l'entreprise. La conception de l'état futur suit une série de questions directrices définies par Rother et Shook.

Les 8 questions de l'état futur :

  1. Quel est le takt time ? À quel rythme devons-nous produire pour satisfaire la demande client ?
  2. Peut-on expédier en flux continu ou via un supermarché de produits finis ? Un flux continu de l'assemblage à l'expédition est l'idéal. Sinon, un supermarché de produits finis dimensionné au juste nécessaire.
  3. Où peut-on introduire le flux continu ? Quelles étapes successives peuvent être liées en flux pièce à pièce (one-piece flow) ou en petits lots ?
  4. Où faut-il des supermarchés en flux tiré ? Aux points où le flux continu n'est pas possible (temps de cycle très différents, équipements partagés, process discontinus), on installe des supermarchés avec Kanban.
  5. Quel est le processus « pacemaker » ? C'est le processus unique qui reçoit l'ordre de production et donne le rythme à l'ensemble du flux. Typiquement, c'est le processus le plus en aval avec un flux tiré.
  6. Comment lisser le mix produit au pacemaker ? Utilisation de la boîte Heijunka pour séquencer les ordres et éviter les grandes campagnes monoproduit.
  7. Quel incrément de travail régulier libère-t-on au pacemaker ? Définir le « pitch » (takt time × taille de lot de transfert) pour cadencer le flux.
  8. Quelles améliorations de processus sont nécessaires ? SMED pour réduire les temps de changement, TPM pour fiabiliser les machines, 5S pour organiser les postes, Kaizen pour résoudre les problèmes identifiés.

L'état futur se dessine avec les mêmes symboles que l'état actuel, en intégrant les améliorations décidées. Le nouveau lead time cible et le ratio VA/NVA amélioré sont calculés et affichés.

Étape 5 : Plan d'action et mise en œuvre

La VSM sans plan d'action est un exercice académique. Le plan d'action transforme la vision de l'état futur en chantiers concrets, planifiés et pilotés.

Structure du plan d'action VSM :

  1. Découper l'état futur en boucles — Rother et Shook recommandent de découper le flux en « boucles » (loops), chacune correspondant à un segment du flux avec un supermarché en entrée et un supermarché en sortie. Chaque boucle fait l'objet d'un sous-plan d'action.
  2. Définir les chantiers par boucle — Pour chaque boucle, listez les chantiers nécessaires : mise en cellule, SMED sur un équipement, mise en place du Kanban, chantier 5S, résolution d'un problème qualité, etc.
  3. Prioriser et séquencer — Commencez par la boucle « pacemaker » (la plus en aval) car c'est elle qui donne le rythme au flux. Puis remontez vers l'amont, boucle par boucle.
  4. Affecter les responsabilités — Chaque chantier a un pilote nommé, une équipe, une date de début et une date cible.
  5. Piloter avec un rituel dédié — Revue d'avancement mensuelle de la VSM avec l'ensemble des pilotes de chantier. L'état futur affiché en grand format sert de support visuel pour la revue.

Durée typique de mise en œuvre :

  • Boucle pacemaker : 2 à 3 mois
  • Ensemble de l'état futur : 6 à 12 mois
  • Nouvelle itération VSM (état futur atteint → nouvel état futur) : tous les 12 à 18 mois

Notre offre de déploiement Lean inclut l'accompagnement complet de la démarche VSM : formation de l'équipe, construction de l'état actuel, conception de l'état futur, et pilotage du plan d'action jusqu'à l'atteinte des résultats.

Les indicateurs clés d'une VSM

⏱️
Temps total
Lead Time
De la commande à la livraison
🎯
Cadence client
Takt Time
Rythme imposé par la demande
📐
< 5 % typique
Ratio VA/NVA
Valeur ajoutée vs total

La VSM produit un ensemble d'indicateurs quantitatifs qui permettent de mesurer la performance du flux et de suivre les progrès au fil des itérations.

Lead time (temps de traversée)

Le lead time est le temps total écoulé entre l'entrée de la matière première dans le flux et la sortie du produit fini vers le client. Il se calcule en additionnant les temps de cycle et les temps d'attente (stocks exprimés en jours). Un lead time de 25 jours signifie qu'une pièce entrée en production le 1er du mois ne sera livrée que le 26.

Le lead time est le reflet direct de la fluidité du processus. Réduire le lead time, c'est réduire les gaspillages.

Takt time

Le takt time est le rythme de production imposé par la demande client. Il se calcule ainsi :

Takt time = Temps disponible de production / Demande client

Exemple : 8 heures de production par jour (480 minutes), demande de 240 pièces/jour → takt time = 2 minutes par pièce. Chaque poste de la ligne doit être capable de produire une pièce toutes les 2 minutes pour satisfaire la demande sans surproduction ni retard.

Pour calculer rapidement votre takt time, utilisez notre calculateur de takt time en ligne.

Ratio VA/NVA (Process Cycle Efficiency)

Le ratio VA/NVA (ou PCE, Process Cycle Efficiency) est l'indicateur le plus révélateur de la VSM :

PCE = Temps de valeur ajoutée / Lead time total × 100

Ce ratio mesure la part du lead time effectivement consacrée à la transformation du produit. Les ordres de grandeur typiques :

  • Industrie classique : 1 à 5 % (95 à 99 % du temps est du gaspillage)
  • Entreprise Lean intermédiaire : 10 à 25 %
  • Best-in-class : 25 à 40 % (au-delà est exceptionnel)

Passer de 2 % à 10 % de PCE est un objectif réaliste pour une première VSM. Cela représente déjà une division par 5 du lead time.

Autres indicateurs

  • Nombre de jours de stock en-cours : somme de tous les stocks intermédiaires en jours de couverture
  • Distance parcourue par le produit : en mètres, mesurée sur le plan (indicateur de gaspillage de transport)
  • Nombre de transferts : nombre de fois où le produit change de zone ou d'équipement
  • Nombre de points de planification : chaque point où un ordre de fabrication est émis. L'idéal est un seul point (le pacemaker)

Erreurs courantes à éviter

Après avoir accompagné des dizaines de VSM dans des secteurs variés, voici les erreurs les plus fréquentes que nous observons et qui compromettent l'efficacité de la démarche.

  1. Cartographier en salle de réunion — Une VSM construite à partir des données du système informatique sans aller sur le terrain (Gemba) est une fiction. Les stocks intermédiaires « invisibles », les temps de cycle réels et les micro-arrêts ne sont visibles que sur le terrain. Allez observer, chronométrer, compter.
  2. Cartographier tout en même temps — Vouloir cartographier tous les flux d'une usine en une semaine est contre-productif. Choisissez UNE famille de produits et cartographiez-la complètement avant de passer à la suivante.
  3. S'arrêter à l'état actuel — La VSM de l'état actuel n'est qu'un diagnostic. Si elle ne débouche pas sur un état futur et un plan d'action, elle a mobilisé une équipe pendant 2 jours pour rien. L'état futur est l'objectif ; l'état actuel n'est que le point de départ.
  4. Concevoir un état futur « idéal » irréalisable — L'état futur doit être atteignable en 6 à 12 mois avec les ressources disponibles. Un état futur trop ambitieux décourage les équipes et ne se concrétise jamais.
  5. Négliger les flux d'information — Beaucoup de VSM ne cartographient que les flux de matière et oublient les flux d'information (planification, ordonnancement, communication inter-services). Or, c'est souvent dans le flux d'information que se cachent les causes racines du Mura (irrégularité) : prévisions erronées, MRP surdimensionné, ordres de fabrication multiples.
  6. Ne pas impliquer les opérateurs — La VSM est un outil de terrain qui doit inclure les personnes qui font le travail. Sans leur connaissance du processus réel (avec ses contournements, ses astuces et ses problèmes quotidiens), la cartographie est incomplète.
  7. Oublier le suivi — Le plan d'action VSM doit être piloté avec la même rigueur qu'un projet stratégique : jalons, indicateurs de suivi, revue mensuelle. Sans gouvernance, les chantiers s'enlisent.

VSM et outils complémentaires

La VSM est le fil conducteur de la transformation Lean. Elle identifie les gaspillages ; les autres outils Lean les éliminent. Voici les synergies essentielles :

  • 5S — Les 5S créent les conditions d'un environnement de travail ordonné, prérequis pour des temps de cycle stables et des données VSM fiables. Une zone non 5S rend la collecte de données terrain chaotique.
  • SMED (Single Minute Exchange of Die) — Quand la VSM révèle des temps de changement de série longs (plusieurs heures), le SMED est le chantier prioritaire. Réduire les temps de changement permet de produire en petits lots, donc de réduire les stocks et le lead time.
  • Kanban et flux tiré — L'état futur de la VSM intègre généralement des supermarchés et des boucles Kanban pour piloter le flux en mode tiré plutôt que poussé. Le passage du flux poussé au flux tiré est l'amélioration la plus structurante identifiée par la VSM.
  • TPM (Total Productive Maintenance) — Quand la VSM met en évidence des TRS faibles (pannes, micro-arrêts, rebuts machine), la TPM est le levier d'amélioration. Fiabiliser les machines réduit les stocks de sécurité nécessaires en aval.
  • Élimination des gaspillages (Muda) — La VSM identifie les gaspillages à l'échelle macro (flux). L'élimination des Muda au poste de travail complète l'approche à l'échelle micro (opération).
  • Chantiers Kaizen — Chaque étoile Kaizen identifiée sur la VSM de l'état actuel se traduit par un chantier Kaizen dédié dans le plan d'action.

La séquence recommandée : VSM → identification des chantiers prioritaires → 5S → SMED / TPM → Kanban → nouvelle itération VSM. Chaque itération rapproche le flux de l'état futur cible.

Exemples de résultats terrain

🔧
Industrie mécaniqueLead time réduit de 23 à 8 jours
-65 %
🍔
AgroalimentaireTaux de service passé de 82 à 97 %
+15 pts
💊
PharmaceutiqueEncours divisés par 3
÷3
✈️

Mécanique de précision

Fabrication de pièces aéronautiques

Une entreprise de 85 personnes spécialisée dans l'usinage de pièces complexes pour l'aéronautique. Le constat initial était un lead time de 32 jours pour un temps de valeur ajoutée de 3 heures (PCE de 0,4 %).

Actions mises en œuvre suite à la VSM :

  • Passage d'une implantation fonctionnelle (ateliers par technologie) à une implantation en cellules par famille de pièces
  • SMED sur les centres d'usinage : réduction des temps de changement de 90 minutes à 25 minutes
  • Mise en place de supermarchés Kanban entre les cellules et le traitement de surface (processus partagé)
  • Suppression de 3 zones de stockage intermédiaire devenues inutiles

Résultats à 8 mois :

  • Lead time réduit de 32 à 9 jours (-72 %)
  • En-cours réduit de 450 000 € à 140 000 € (-69 %)
  • Surface libérée : 200 m² réaffectés à une nouvelle cellule de production
  • Taux de livraison à l'heure passé de 78 % à 95 %
🥗

Agroalimentaire

Ligne de conditionnement

Une entreprise agroalimentaire de 200 personnes avec une ligne de conditionnement multi-formats. Le lead time de la ligne était de 5 jours pour un temps de transformation de 12 minutes.

Actions issues de la VSM :

  • SMED sur les changements de format : réduction de 55 minutes à 15 minutes
  • Réduction des tailles de lot de production de 4 heures à 1 heure
  • Mise en place du lissage (Heijunka) pour produire chaque référence chaque jour au lieu de chaque semaine
  • Suppression d'un stock tampon de 2 jours entre le processus de fabrication et le conditionnement

Résultats à 6 mois :

  • Lead time réduit de 5 jours à 1,5 jour (-70 %)
  • Fraîcheur produit améliorée (enjeu critique en agroalimentaire)
  • Stock de produits finis réduit de 40 %, libérant de l'espace en chambre froide
  • Réactivité aux commandes urgentes considérablement améliorée
🚗

Équipementier automobile

Assemblage de sous — ensembles

Un équipementier de rang 1 avec une ligne d'assemblage de 12 postes manuels. La VSM a révélé un déséquilibre majeur entre les postes : le temps de cycle variait de 45 secondes à 120 secondes pour un takt time de 72 secondes.

Actions mises en œuvre :

  • Rééquilibrage des postes (Yamazumi) pour rapprocher chaque temps de cycle du takt time
  • Passage de 12 à 9 postes par redéfinition des tâches
  • Mise en place du flux pièce à pièce entre tous les postes
  • 5S et ergonomie sur chaque poste pour fiabiliser les temps de cycle

Résultats à 4 mois :

  • Productivité augmentée de 28 % (même volume avec 3 opérateurs en moins, redéployés sur d'autres lignes)
  • Lead time de la ligne réduit de 4 heures à 12 minutes
  • Qualité améliorée : défauts de montage réduits de 60 % grâce à la détection immédiate en flux pièce à pièce

Questions fréquentes

Retrouvez les réponses aux questions les plus posées sur la VSM (Value Stream Mapping).

Combien de temps faut-il pour réaliser une VSM complète ?

Comptez 3 à 5 jours pour un exercice complet sur une famille de produits : 1 à 2 jours pour cartographier l'état actuel sur le terrain, 0,5 jour pour l'analyse, 1 jour pour concevoir l'état futur et 0,5 à 1 jour pour formaliser le plan d'action. La mise en œuvre du plan d'action s'étale ensuite sur 6 à 12 mois.

Faut-il un logiciel spécifique pour faire une VSM ?

Non. La VSM se construit idéalement au crayon sur du papier kraft grand format (A0), directement sur le terrain. Le papier permet à toute l'équipe de contribuer simultanément. Des logiciels comme Lucidchart, Microsoft Visio ou Miro peuvent être utilisés pour la mise au propre et le partage, mais ne doivent pas remplacer la construction terrain.

Quelle est la différence entre une VSM et un diagramme de flux (flowchart) ?

Un flowchart décrit la séquence logique des opérations (décisions, branchements). La VSM va beaucoup plus loin : elle intègre les données quantitatives de chaque étape (temps de cycle, stocks, TRS), les flux d'information (planification, ordres), et surtout la ligne de temps qui révèle le ratio valeur ajoutée / lead time. La VSM est un outil d'analyse et de transformation ; le flowchart est un outil de description.

La VSM s'applique-t-elle aux processus administratifs et de service ?

Oui, on parle alors de « Service Value Stream Mapping » ou « Office VSM ». Les principes sont identiques : cartographier le flux d'un dossier ou d'une demande, du client à la livraison du service. Les gaspillages typiques en processus administratif sont les attentes de validation, les boucles de correction, la double saisie et les transferts entre services. Les gains de lead time sont souvent encore plus spectaculaires qu'en production.

À quelle fréquence faut-il refaire la VSM ?

Il est recommandé de réitérer l'exercice VSM tous les 12 à 18 mois. Une fois l'état futur atteint (ou significativement avancé), il devient le nouvel état actuel, et un nouvel état futur plus ambitieux est défini. Cette logique d'amélioration continue par itérations successives permet des gains cumulés considérables sur 3 à 5 ans.

Qui doit participer à un exercice VSM ?

La VSM est un exercice transversal. L'équipe idéale comprend : le responsable du flux (pilote), des représentants de chaque étape du processus (opérateurs, chefs d'équipe), un représentant de la planification/ordonnancement, un représentant de la logistique, un représentant de la qualité et un représentant de la maintenance. La diversité des points de vue est essentielle pour une cartographie fidèle et des solutions robustes.

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Rémi Doyen

Rémi Doyen

Consultant Lean & Excellence Opérationnelle

Expert en Lean Manufacturing et excellence opérationnelle, Rémi accompagne les PME et ETI industrielles dans leur transformation depuis plus de 15 ans.

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